24. června 2006

Parmi les olympiens

Le matin à l’aube, l’Italie, Sestriere-Borgata. Le monde olympique se réveille pour vivre une nouvelle journée imprégnée, d’ailleurs comme les XX Jeux olympiques dans leur ensemble, d’esprit olympique apportant paix, amitié et espoir à toutes les nations du monde…
Le matin à l’aube, l’Italie, Sestriere-Borgata. Le monde olympique se réveille pour vivre une nouvelle journée imprégnée, d’ailleurs comme les XX Jeux olympiques dans leur ensemble, d’esprit olympique apportant paix, amitié et espoir à toutes les nations du monde…  Peu avant six heures, je ferme avec précaution la porte d’un studio douillet, devenu mon chez- moi olympique provisoire, et en tenue de volontaire, je me dirige vers l’arrêt d‘un mini-car orange qui prend lentement les virages descendant vers Borgata – un petit village situé au-dessous de la station de ski Sestriere, l’un des lieux des compétitions olympiques. J’aimerais voir ce qui m’attend aujourd’hui… Or, c’est très difficile à imaginer. Peut-être que l’accréditation sur place m’en dira plus long : Village olympique Sestriere, Résidence Services.Pendant que le car grimpe une petite route étroite vers Sestriere, les cimes enneigées des montagnes défilent autour de nous, à peine visibles dans le noir. Le premier jour, je refusais de croire que les skieurs étaient prêts, mus par le désir d’obtenir le précieux métal olympique, à se jeter la tête la première de ces hauteurs incroyables, à dévaler les pentes abruptes…Depuis, je m’y suis habituée un peu, toujours est-il qu’apparemment facile et agréable, une descente à ski nécessite beaucoup de courage mais également de précaution et d’entraînement, tout comme l’exigent souvent de nous tous des situations apparemment peu compliquées…

Après un contrôle de sécurité, la vue d’un village olympique encore endormi s’ouvre, bordé de drapeaux ondulants de tous les pays participants, l’un à côté de l’autre, sans différence aucune. En marchant vers la réception centrale, je croise quelques sportifs – il y en a qui s’entraînent déjà, d’autres se dirigent vers la cantine pour prendre le petit déjeuner. Que va leur apporter la journée d’aujourd’hui ? Une médaille, récompense de leur rude préparation ou une déception et l’effondrement de leur rêve olympique ? Et même si ce n’est qu’un centième de seconde qui décide qu’un sportif vainc ou participe « seulement », c’est justement ce « seulement » qui est le plus important : se retrouver sur le podium olympique est sans aucun doute merveilleux et mérité. Or, l’idée de l’olympisme va encore au devant :  savoir montrer que je suis prêt à accepter la victoire de l’autrui, se réjouir avec lui et non l’envier, et aussi s’y inspirer pour perfectionner soi-même au lieu de vouloir « liquider » un adversaire plus performant. Même si l’acceptation de la victoire d’un autre implique l’acceptation de sa propre défaite, il pourrait y avoir une différence : l’acceptation de sa propre défaite conduisant à un sentiment de pitié envers soi-même est négative, car ce sentiment ne pourra que très difficilement se transformer en une volonté de  se battre à nouveau. Mais l’acceptation de la victoire d’autrui peut être même doublement fructueuse : la joie de la victoire atteinte par l’autrui, joie exprimant une amitié véridique malgré que je vive un moment de non-réussite, et par la suite, la main dans la main avec son ami-vainqueur, s’efforcer d’atteindre des meilleures performances personnelles. Les deux voies peuvent conduire à un perfectionnement, or la voie - concurrentielle mais non individualiste – est meilleure que de choisir de cheminer tout seul… 

Les premiers rayons de soleil réveillent le village olympique dont également notre bureau de  réception.  Les sportifs se renseignent sur la météo, regardent les  derniers résultats, contrôlent les listes de départ. Ce sont les équipes d’Asie qu’on peut qualifier d’oiseaux matinaux – enfin, rien d’étonnant, c’est chez eux que le soleil se lève le plus tôt! La journée démarre aussi pour notre équipe à la réception. Significatifs sont déjà nos tricots rouges nous adjugeant le rôle de coccinelles conviviales tentant d’apporter la solution à tous les problèmes de nos hôtes-olympiens – panne de chauffage, serrure cassée, clé perdue, départs d’autocars aux lieux de compétitions et d’entraînements et un tas d’autres renseignements à fournir. Parfois c’est assez difficile, à savoir le constat que toute la journée est remplie de plaintes et de questions cent fois répondues.  De l’autre côté, la volonté de secourir, d’aider l’autrui devrait être le sens primaire de tout acte de l’homme. Combien il importe de savoir qu’on est utile, qu’il y a toujours quelqu’un que je peux épauler ! Même ici le principe d’action et de réaction est à appliquer : il y a ceux qui sont en position de « requérant » et d’autres en position de « prestataire». Jour après jour je réalise de plus en plus nettement l’importance de savoir demander de l’aide et de fournir celle-ci avec un sourire aux lèvres, avec amabilité et gentillesse. Pourvu que l’ambiance olympique amicale et coopérative puisse se transposer dans les domaines où il en manque. C’est de cette façon que les problèmes apparemment insurmontables puissent trouver leur solution. Vers midi, l’espace autour de la réception se transforme en une sorte de « living », plusieurs groupes de sportifs s’installant, las de peaufiner davantage leurs performances, devant la télévision pour se reposer et s’informer des résultats atteints par leurs collègues olympiens. On dirait une grande famille. Seuls leurs survêtements aux couleurs nationales trahissent leurs origines, très variées d’ailleurs. Aussi tous les volontaires, eux-mêmes repérables grâce à leurs uniformes, constituent une « famille de volontaires » désignée comme Noi 2006 (= Nous 2006). Il y a parmi eux également des personnes à l’âge de retraite mais gardant un esprit sportif et qui n’hésitaient pas de venir afin d’apporter leur part au succès des jeux olympiques. Et tout comme les sportifs, les volontaires contribuent à l’ambiance olympique unique qui émane du village olympique et se répand parmi tous les présents grâce une communication générale et ouverte. Bien que la majorité de notre équipe soient les Italiens, les discussions avec les sportifs à la réception rappellent parfois la tour de Babel. Or, comme l’a bien dit le pape Jean Paul II,  c’est le sport qui est en soi une vraie langue universelle nous aidant à vaincre la violence qui s’empare du monde. Avec ma collègue de Finlande, également hôtesse de réception, on se met à table pour déjeuner et aussi pour définir notre projet « hockey sur glace » de ce samedi. Le match va opposer les équipes de Tchéquie et de Finlande. On achète deux places voisines, chacune supportant naturellement les « siens » - tout en sachant qu’en définitive c’est aux joueurs de décider de la victoire.   Un café ans l’après-midi est inséparable de la lecture du dernier numéro d’un journal spécial rapportant en couleur non seulement les compétitions olympiques mais également, et plus particulièrement, les infos diverses du village olympique.   Vient l’heure de « la relève de garde » à la réception et la transmission des instructions aux collègues qui nous relayent. Aujourd’hui, j’ai la chance de rencontrer les mascottes Neve et Gliz qui ont honoré le village olympique de Sestriere par leur visite. Ils sont fort occupés : faire le tour de tous les sites olympiques, se faire photographier par d’innombrables touristes. Espérons qu’ils ont des suppléants du moins…Je quitte le brouhaha du village olympique. Je m’arrête encore dans une petite église montagnarde laquelle vit également et à sa façon l’événement : les services s’y déroulant alternent l’italien, l’anglais et l’allemand et le prêtre a pour l’occasion complété son habit d’étole avec cinq cercles olympiques.Et c’est le moment où la nuit commence à tomber à Sestriere, les rues grouillent de sportifs, les entraînements sont finis et c’est l’heure des promenades. Je suis sûre d’avoir rencontré plein de vedettes de sport, or méconnaissables en ce moment car habillées en tenue civile alors que le lendemain ce sera différent car certains d’entre eux écouteront leur hymne national honorant leur victoire.Sur une petite place, les passants s’arrêtent pour regarder sur un écran géant la cérémonie de remise de médailles pour les compétitions d’aujourd’hui. C’est à Piazza delle Medaglie de Turin que tous les soirs les trois meilleurs sportifs se voient décorer de médailles dans les catégories sportives différentes. Les précieux métaux de Turin ont une particularité – ils sont troués…serait-ce de la part du Comité olympique une volonté d’économie ? Sans doute pas, il s’agit en effet de représenter ainsi la grande place de Turin, principal point de rassemblement de la ville. Mais il existerait encore une autre interprétation : malgré qu’il s’agisse de suprême récompense individuelle, le trou permet de voir aussi les autres qui sont derrière. Même un métal aussi précieux ne devrait donc empêcher la progression de l’entente et de la paix entre les nations. Et c’est justement le métal de Turin qui ouvre cette voie. Le soir tardif, glacial, l’Italie, Sestriere-Borgata. Je retourne à Borgata, range mon uniforme de volontaire. Le village olympique endormi est imprégné d’esprit olympique apportant espoir, paix, amitié  et entente à toutes les nations du monde…Que ce rêve se matérialise dans le monde entier et non seulement dans ce petit monde olympique…  Jana Hovorková

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