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24. června 2006

En regardant de la fenêtre de mon appartement, je bénis Prague et l’archidiocèse entier

L'entretien avec l'archevêque de Prague, Monseigneur le cardinal Miloslav Vlk, n'est pas le premier à avoir paru sur les pages de cette revue. Toujours est-il que cela fait déjà plusieurs années que nous avons discutées avec lui. Les temps changent, les gens vieillissent et mûrissent, les opinions évoluent et de nouvelles suggestions, joies mais aussi problèmes apparaissent. L'heure est donc venue de nous entretenir à nouveau avec le Monseigneur le cardinal. De parler de Svatá Hora mais pas uniquement, de voir ensemble les défis et les tourments de l'Eglise à Prague et dans ses environs, les phénomènes nouveaux. Et c'était aussi l'heure de regarder en arrière et de procéder à un bilan...

L'entretien avec l'archevêque de Prague, Monseigneur le cardinal Miloslav Vlk, n'est pas le premier à avoir paru sur les pages de cette revue. Toujours est-il que cela fait déjà plusieurs années que nous avons discutées avec lui. Les temps changent, les gens vieillissent et mûrissent, les opinions évoluent et de nouvelles suggestions, joies mais aussi problèmes apparaissent. L'heure est donc venue de nous entretenir à nouveau avec le Monseigneur le cardinal. De parler de Svatá Hora mais pas uniquement, de voir ensemble les défis et les tourments de l'Eglise à Prague et dans ses environs, les phénomènes nouveaux. Et c'était aussi l'heure de regarder en arrière et de procéder à un bilan... 

Monseigneur le cardinal, lors de notre première rencontre, suite à ma nomination au poste de curé de Svatá Hora, je vous ai dit de vouloir élever la Svatá Hora au rang des lieux de pèlerinage de niveau européen. Pensez-vous que qu’on y arrive peu à peu ? Ou bien mes ambitions étaient-elles trop hardies ?  Certes, Svatá Hora est un lieu de pèlerinage des plus importants en République tchèque. On s’en rend facilement compte si ce n’est que d’après le nombre de cars, notamment en haute saison, stationnant au parking au-dessous de Svatá Hora. Il est vrai qu’avant la séparation de la république, les groupes de pèlerins venaient de Slovaquie. Aujourd’hui, leur rapport avec  Svatá Hora est un rapport transfrontalier. D’une longue tradition jouissent également les voyages de pèlerins de Bavière. Et donc d’en conclure que Svatá Hora a de l’importance non seulement pour nous mais aussi pour ceux au-delà des frontières. Naturellement, à l’heure actuelle, heure d’un tourisme massif et d’une mobilité accrue des personnes, cette dimension transfrontalière invite à être développée encore davantage. Ceci devrait être la tâche de Svatá Hora et d´autres lieux de pèlerinage, de concevoir une sensibilisation relative aux pèlerinages.  Je suis d’avis que l’homme d’aujourd’hui, à savoir le chrétien de nos jours, est ouvert aux pèlerinages représentant un événement spirituel. On n’a qu’à regarder les activités des jeunes, ils aiment voyager, se déplacer. De même les gens d’un certain âge viennent volontiers, bien que ce ne soit plus à pied, pour visiter les lieux de pèlerinage. C’est au fait aussi lié avec une envie, propre aux gens, de changer, de vivre des expériences spirituelles diverses. Or, je pense que l’élargissement d’activités, la présentation d’invitations et la propagation de lieux de pèlerinage devraient être accompagnés de réflexion définissant une meilleure structuration de programmes dans ces lieux, afin qu’il ne s’agisse pas que de suite d’offices suivis de bénédiction d’après-midi, sans rien de plus, mais qu’il y ait également une sorte de services spirituels, une nouvelle offre pouvant attirer d’autres pèlerins et visiteurs. Les lieux de pèlerinage devraient être dans une mesure beaucoup plus large des centres de spiritualité. Le fondement sans aucun doute étant de participer au pèlerinage, de se confesser et d’assister à la cérémonie de la Sainte Messe, mais un lieu de pèlerinage devrait pouvoir proposer une offre beaucoup plus large. Personnellement je ne situe pas le problème au niveau de l’offre mais à celui de la demande. Il y a des personnes qui viennent à la Svatá Hora sans rien vouloir du tout ou qui ne savent pas ce qu’ils veulent ou encore ceux qui viennent assister au déjà-vécu et sont déçus d’avoir constaté un changement. Ces personnes-ci ne demandent que la confession et la Sainte Messe. Je me pose la question comment éveiller l’intérêt et l’envie d’un programme plus varié. Ensuite, réaliser quelque chose n’est plus si difficile que ça … Nous deux savons très bien qu’en cas d’un pèlerinage à thème concret, par exemple le sacerdoce ou la famille, les gens viennent et ils manifestent l’intérêt pour un programme plus diversifié. De ce fait, il serait opportun de réfléchir et prévoir, disons une fois par mois ou même plus souvent, une rencontre traitant d´un sujet intéressant. Cela ne veut pas dire de joindre d’autres activités à la Sainte Messe, il s’agirait plutôt de proposer des thèmes forts, attrayants. A mon avis, les lieux de pèlerinage assument non seulement la tâche d’assouvir les besoins spirituels des gens mais ils devraient être également l’endroit de façonnement de la vie chrétienne. Sur ce plan, il y a des changements à apporter. Nous ne pouvons pas nous arrêter en nous limitant à la seule satisfaction des aspirations religieuses, il faut encadrer davantage les gens.  Je trouve que c’est bien et profitable qu’il y ait un musée à Svatá Hora. Un musée pas très grand mais c’est une démarche considérable. Retourner pour connaître ses racines et son passé est une chose fort utile et valable. D’ailleurs ce n’est pas tout à fait du nouveau car   depuis des centaines d’années, l’histoire de Svatá Hora est inscrite dans les peintures de ses cloîtres. Voilà les aspects à mettre en relief dans une offre spirituelle.Quant à la conception de programmes : Aussi la musique est attrayante. Il est avantageux d’avoir des chorales dans les lieux de pèlerinage. Il faut également que la liturgie soit sollicitante et exemplaire, de même les rencontres et les discussions, que ce soit avec l’évêque ou avec d’autres personnalités, pourraient occuper une place importante dans le cheminement formateur.   Tout à fait, nous avons tenté de procéder dans ce sens-là, en ayant mis en place les  renouveaux spirituels en périodes du Carême et de l’Avent. Or, le problème est qu’un 2000, le nombre de participants dépassait la capacité de la basilique, alors qu’aujourd’hui, à peine une quinzaine de personnes s’y réunit. Et je ne pense pas que la qualité est à la baisse…J’en déduis que les besoins des croyants, la demande dans le meilleur sens du mot, changent. Est-ce que vous aussi, vous avez remarqué un changement durant ces cinq dernières années ? Je ne saurais pas dire avec certitude que dans un espace temporel aussi court des changements significatifs aient eu lieu, je peux dire seulement que les gens sont plus réceptifs quant aux rencontres et discussions diverses. Je dirais, et cela pourrait être la réponse à ta question, que les gens acceptent avec entrain tout ce qui est nouveau mais puisque ayant souvent un souffle court, leur enthousiasme disparaît tôt après. Il serait profitable que les curés dans leurs paroisses coopèrent et coordonnent davantage les programmes des différentes communautés. A savoir que les curés dirigent les gens là où sont prévues les actions de renouveau spirituel. En effet, souvent les gens ne se décident pas d’eux-mêmes, il leur faut une impulsion de la part du prêtre. Je suis d’accord, mais je remarque parfois que les curés semblent regarder un lieu de pèlerinage comme une paroisse en soi et j’ai l’impression quelquefois qu’ils considèrent les activités développées dans un lieu de pèlerinage comme une restriction de leurs activités à eux. J’ai failli dire comme une concurrence mais c’est trop fort comme expression. Bref, chaque curé voudrait, certainement bona fides, réunir toutes les activités dans sa paroisse. Ce qui fait que certaines manifestations se croisent et les gens ont du mal à se décider. Comment en sortir ? Une coordination est certes importante. Mais il n’est pas possible non plus de tout coordonner car il y a tant d’activités dans les paroisses et les diocèses qu’un calendrier idéal ne peut être établi. Le diocèse pourrait toutefois assister au planning pour qu’il soit clair quel est le genre et le lieu des actions organisées. Puis il y a également les pages web de l’Archevêché et il serait profitable que les curés s’en servent plus souvent pour y annoncer leurs manifestations. Ceci serait déjà un bon outil de planification. La première observation que tu as évoquée est fondée et implique malheureusement certains curés. Ceux-ci considèrent la paroisse comme leur propriété et manquent de la largesse d’esprit envers l’Eglise. Et c’est encore ceux-ci qui seraient enclins à regarder cette démarche comme une concurrence. Ils sont d’avis que ce qu’ils proposent, eux,  à leurs paroissiens, doit pleinement satisfaire ces derniers. Par contre, il y a des curés, je ne saurais pas dire s’ils sont nombreux ou non, qui se réjouissent de la possibilité offerte aux croyants de leurs paroisses d’être formés aussi ailleurs et d’une autre façon. Bref, nous devons être patients et inculquer aux prêtres et aux croyants que l’offre est une proposition et pas une concurrence.  Un lieu de pèlerinage a apparemment une dimension évangélisatrice et caritative. Mais j’ai du mal à le définir… . Je n’imagine pas trop bien la dimension caritative. Mais je pense qu’on pourrait l’exprimer comme une volonté accrue des personnes d’apporter des sacrifices personnels, de faire des dons dans ces lieux de pèlerinage. Le pèlerinage servirait ainsi d’occasion d’appuyer une bonne cause. Une interprétation possible de la dimension caritative serait aussi l’opportunité offerte aux gens de se sentir chez eux dans un lieu de pèlerinage. Un des maux de la civilisation d´aujourd´hui est sans aucun doute le statut des sans-abri, mais je pense que même parmi ceux qui ont leur chez-soi, il y a des sans-abri, à savoir les personnes qui se sentent isolées. Elles sont victimes d’un individualisme poussé, que ce soit de leur propre faute ou par un jeu des circonstances. Le lieu de pèlerinage serait un lieu ouvert à tous…   Je me rappelle nos pèlerinages de jeunes dans les années cinquante, période où l’on allait à pied à Svatá Hora. On s’est rencontré à l’hippodrome de Chuchle, vers huit heures du soir, et ensuite, à pied jusqu’à la Svatá Hora, sauf un arrêt à Voznice où on arrivait avant minuit. A l’époque, le jeûne eucharistique commençait à partir de minuit, alors on a mangé pour la dernière fois pour ensuite poursuivre le chemin.  A la première Sainte Messe à notre arrivée à Svatá Hora, nous avons assisté à la Sainte communion. Ensuite on a mangé un morceau de pain de pèlerin et on s’est allongé sous les arbres pour faire un petit somme; après le réveil on discutait et on a fait aussi une prière commune. Et même la nuit, en marchant, on développait des thèmes religieux. Et quand on mangeait après, chacun distribuait ce qu’il avait sur lui et une vraie communauté se créait. Une communauté de l’esprit et de la bonne chair. L’aspect d’une communauté, le sentiment d’un lien, a été pour nous très important à l’époque où le communisme interdisait tout rassemblement, et la force de ce sentiment reste imprégnée chez beaucoup de gens aujourd’hui encore. Maintenant, en le considérant à nouveau, c’était une expérience vécue non seulement touristique, non seulement spirituelle mais également le sentiment d’un foyer, d’un chez-soi. Je trouve que des conditions devraient être créées pour que les gens d’une paroisse puissent se rencontrer et s’entretenir au pèlerinage car  au quotidien le temps manque pour le faire. On est un territoire de mission. Une mission moderne devrait être une mission absolue, à savoir elle devrait former l’homme dans son ensemble, non seulement son aspect spirituel, religieux. Il faut commencer à partir de la formation de l’individu, il est prévu aussi une formation culturelle, l’empathie du prêtre face aux problèmes de l’homme d’aujourd’hui comme par exemple le chômage etc. Je dirais que dans cette tâche, les centres communautaires et ceux de pèlerinage sont très proches… Oui, je le pense aussi. Il y a toutefois une différence car un lieu de pèlerinage est par définition plus ouvert, les gens y viennent qui n’y habitent pas alors que dans les centres communautaire les gens se rencontrent venant d’une ou de plusieurs paroisses. Les centres communautaires sont caractéristiques de cette époque et permettent aux paroisses de disposer d’espaces proposant aux arrivants de s’y réunir, de boire ensemble une tasse de café et de discuter. Viennent dans ces centres également les personnes qui ne pratiquent pas mais qui peuvent se rencontrer ici, se voir. Les centres communautaires formulent souvent des programmes destinés à des groupes de personnes concrets, par exemple les mères isolées, les handicapés, il y a là aussi l’assistance caritative etc.  A mon avis, aujourd’hui une bonne paroisse devrait être un centre de ce genre, être en principe ouverte à tous. Nous avons déjà fait cette expérience. Le premier centre communautaire, mis en place à Stodůlky, donc dans le quartier de Nové Butovice, a tout à fait confirmé notre approche et nous savons à posteriori qu’il fallait concevoir ce centre d’une façon plus généreuse car sa capacité est aujourd’hui à peine suffisante. Par la suite, le Centre pastoral de Dobříš a été ouvert et en ce moment nous sommes en train de construire un grand centre dans le quartier de Chodov.Durant les 50 ans de communisme, d’énormes cités nouvelles étaient construites dans les banlieues de Prague et dont certaines comptent plus d’une centaine de milliers d’habitants. Les communistes n’ont jamais prévu de les doter d’une église ou même d’une place centrale. On construisait des immeubles de panneaux préfabriqués, des boîtes aux vivants, des dortoirs. Personne n’a eu en vue la vie sociale et n’a pensé à y aménager un centre quelconque. Ces cités nouvelles trahissent de façon très significative et concrète les idées du communisme. L’objectif n’a pas été de faire rassembler les gens, au contraire, de les faire vivre enfermer chez eux et d’éviter qu’ils se réunissent. Dans cette optique un centre, une église égalait à une sorte de subversion idéologique. Et nous, nous trouvons maintenant en situation de vouloir y remédier en implantant un centre dans lesdites banlieues.Nous nous sommes donc mis à construire un grand centre à Chodov. Grâce à la Providence nous avons pu acheter un terrain à une dame vivant à l’étranger et qui possédait ici des terrains, et comme ceux-ci étaient d’abord nationalisés et puis restitués suite à la chute du communisme, nous avions eu la chance de les acheter.Je considère la réalisation de ce centre comme une sorte de « chant du cygne » de mon mandat ecclésiastique car celui-ci touche à sa fin. A l’âge de 75 ans, tout évêque donne son office à la disposition du pape, et pour ma personne cela va se passer l’année prochaine. J’avoue que j’aimerais faire construire ici une sorte de monument et de confier ce centre au diocèse. Et alors au penchant de l’âge je deviens aumônier. Je vais d’une maison à l’autre ou plus précisément d’un sponsor à l’autre, et je quémande. Je suis convaincu que je réussirais à y arriver. La Providence nous tenait la main dès le début et je crois qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin. A ce propos je vais ajouter une historiette : depuis quinze ans déjà on parlait de nécessité de construire une église à Chodov. Les gens priaient pour faire exaucer ce vœu. Un jour, un groupe de croyants conduits par monsieur le curé parcourait les terrains vagues à la recherche d’un endroit pouvant abriter une église. Sans appréhendant quoi que ce soit, ils ont mis dans la terre, à l’instar de la Mère Thérèse, un petit médaillon de la Vierge Marie. Et c’est au même endroit que se trouve l’actuel terrain, acheté par la suite, et qui est aujourd’hui le chantier du futur Centre de la Mère Thérèse. Il s’agira de la première église dans notre pays, peut-être même en Europe, consacrée à la Mère Thérèse. Hier, j’ai été au foyer de charité et j’ai vu l’église St. Ludmila. Et je me disais qu’il y a 100 ans, Prague avait connu un essor de construction semblable à celui d’aujourd’hui, avec la mise en place d’une auréole d’églises situées  aux arrondissements de Vinohrady, Smíchov, Karlín, Žižkov, Holešovice. Comment évaluez-vous aujourd’hui ce phénomène ? Etait-ce providentiel ? Ces églises, se trouvent-t-elles dans des endroits opportuns ? Le passé historique de Prague montre bien que les églises étaient construites sans trop de perspectives. Le moyen-âge était d’ailleurs une époque de réflexions statiques. Sauf exceptions, une planification, un regard vers l’avenir n’était pas pris en compte. Avec l’apparition à Prague de banlieues nouvelles apparaissaient également des églises nouvelles. La notion d’« auréole » d’églises est liée au 20e siècle. Suite à la démolition de la Colonne mariale, la place de la Vieille-Ville, le monseigneur Podlaha, évêque d’alors, est venu avec l’idée de circonscrire Prague d’un anneau d’églises rappelant l’auréole d’étoiles de la Vierge Marie. Or, bientôt après, la Seconde Guerre mondiale a éclaté et de ce projet, il n’en est resté qu’une fraction – seules l’église à Lhotka et la paroisse avec la chapelle de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Strašnice. Les églises construites à l’époque se trouvaient réellement en périphérie de Prague alors que depuis , la ville s’est considérablement agrandie. L’idée d’élever les églises dans les banlieues de Prague était très juste et perspicace. Aujourd’hui nous devons aller au-delà, à part l’église elle-même, il faut créer des structures associées car les actuelles banlieues n’en ont pratiquement pas. A l’époque, par exemple aux temps de la première république, les églises qui ont vu le jour sont de vrais joyaux d’architecture : l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus à Vinohrady, église St.Venceslas à Vršovice, église St. Jean-Népomucène à Košíře. Pensez-vous qu’on peut estimer en ce moment si les bâtiments sacraux construits aujourd’hui le seront également ? Et est-il au fait nécessaire qu’une église soit un joyau d’architecture, ne devrait-elle être plutôt une construction utilitaire ? Nous voulons naturellement que les choses du Seigneur soient aussi bien pratiques que belles. Il en allait ainsi de l´art dans le passé, il a toujours été au service du Seigneur. Et c’est ce que nous nous efforçons de poursuivre aujourd’hui aussi. Mais je ne saurais pas juger si les églises de nos jours seront qualifiées de chefs-d’œuvre de beauté, toujours est-il que nous oeuvrons pour qu’il en soit ainsi. Et aussi : en regardant les églises réalisées dans le 19e et 20e siècle, il s’agit d’édifices monumentaux.  Les deux églises construites durant ces 15 dernières années n’ont rien de monumental. Est-ce un dessein ou fait-on « de nécessité vertu » ? Ce serait une conjonction de raisons évoquées. Aujourd’hui – tout comme dans le passé – les églises étaient construites de façon à satisfaire les besoins. Il se peut que dans l’avenir telle ou telle église devra être agrandie ou une nouvelle érigée, mais en ce moment nous procédons dans le cadre de nos potentialités économiques et d’exploitation. D’ailleurs notre époque n’est pas très encline à la monumentalité et aussi nous, les chrétiens, devons nous battre pour nous faire une place sous le soleil. Et l’expression architectonique en témoigne.   Vous avez évoqué le chant du cygne. Il est certainement trop tôt pour faire un bilan, pourtant je voudrais, ensemble avec vous, regarder en arrière. Si une opportunité se présentait à vous de réaliser toutes vos aspirations, sans avoir des restrictions financières et administratives, quelle serait l’actuelle image de l’archidiocèse de Prague ?   Je ne réfléchis pas bien sûr dans ces catégories car ce sont des catégories de « si ». Mais il est sûr que je mettrais l’accent sur le développement dans les paroisses d’opportunités plus variées. Et je souhaiterais plus particulièrement qu’on puise former les croyants et qu’on ait des formateurs dont l’assistance on serait en mesure de rémunérer. Ceux-ci pourraient dans une mesure beaucoup plus large épauler les paroisses, notamment celles manquant de prêtres. Or, cela dépend réellement de l’argent disponible et également des professions, rentrant ainsi justement dans la catégorie évoquée de « si ».Je pense qu’il y a nombre de personnes qui seraient prêtes à étudier et qu’on encadrerait pendant leur formation et leurs études. Et qu’on rémunérerait, leurs études terminées. Egalement l’idée d’un centre spirituel serait à développer, d’un centre qui ne dépendrait pas d’un prêtre mais qui serait conduit par deux ou trois assistants pastoraux qu’on rémunérerait, et qui seraient formés. De cette façon les tâches pourraient être réparties afin que la procédure d’évangélisation n’incombe pas au seul prêtre mais qu’elle soit assurée aussi par ses collaborateurs. S’il y avait suffisamment d’argent, les actions d’évangélisation et de pré-évangélisation seraient beaucoup plus faciles à développer. Enfin cela ne dépend pas uniquement de l’argent, plutôt de la formation des personnes. La formation est un processus organique ce qui veut dire qu’elle prend du temps à se construire. Il ne s’agit pas, de loin, seulement d´études. Il y a encore une troisième dimension où l’on ressent un manque – le temps. N’avez-vous pas l’impression que les prêtres, eux qui « pousse » l’Eglise, glissent sur la surface des choses car le rythme de l’époque devient si effréné, si tentant. Une tentation d’entrer dans une rivière de superficialité – c’est là où réside un gros problème…  Tout à fait. Le rythme est tentant mais je dois aussi défendre les prêtres. Ils sont surmenés ; conscients de tous les problèmes qu’il faut satisfaire, ils agissent sous une énorme pression. S’il y avait un moyen d’augmenter le nombre de personnes, de développer un travail d’équipe, les prêtres ne seraient pas aussi accablés par toutes ces tâches qu’il faut réussir à accomplir.    Et aussi, le pastorat est pour un prêtre un travail souvent assez insipide. Si je devais utiliser une parallèle avec un cours de langues, nous, les prêtres ne poursuivons que les cours pour débutants. Il me semble qu’on pourrait qualifier d’abandonnés ceux qui ont déjà progressés et qui ne trouvent personne pouvant les accompagner. Donc dispenser une formation aux  plus avancé et aux plus exigeants… Evidemment, la formation doit être systématique. Non seulement celle des débutants, des enfants mais également la catéchèse des plus avancés. La formation devrait être déployée dès l’eucharistie, le baptême d’enfants et d’adultes, la préparation à la confirmation. Pour les avancés, il existe aussi la possibilité de faire leurs études à la Faculté de théologie. Et cela non seulement pour se préparer au travail dans l’Eglise, mais également pour s’instruire et se former en général. Alors la formation a encore ses points faibles, mais nous sommes limités par les moyens disponibles. Nous sommes ici, dans votre appartement depuis lequel il y a une très  belle vue de Prague. On dit que le prêtre est responsable de tous les gens de sa paroisse, non seulement de ceux qui pratiquent. A titre d’évêque d’un diocèse de plus de deux millions de personnes, vous avez une responsabilité énorme. Que ressentez-vous en regardant par la fenêtre ? Si je devais penser que tout repose sur moi et dépend de moi, ce serait terrible. Or, si de ma position d’évêque je conçois et j’interprète la chose suivant St. Paul qui a dit : Je fais tout ce que je peux mais Dieu me fait miséricorde, je suis rassuré et apaisé. De l’autre côté un danger existe de prendre une attitude de mollesse, de laisser-aller et de se dire: je n’y arrive pas, il n’y a rien à faire, Dieu, c’est ton affaire, alors cette approche aussi serait mauvaise. Je dois assumer la responsabilité et un poids et aussi une certaine douleur sans pour autant perdre de vue l’espoir et la croyance en pouvoir de Dieu.  C’est sur cela que je m’appuie et je cherche à discerner dans tout acte la main de Dieu. Nous sommes quelque fois enclins à généraliser certains phénomènes blâmables et de dire que tout est mauvais. Quant à ma personne, j’essai de faire une distinction et de voir aussi ce qui est bon, comme le rappelle l’Ecriture sainte : Voici que je fais toutes choses nouvelles, voici qu’elles germent, ne le voyez-vous pas ?  Et c’est ainsi que je regarde aussi les choses nouvelles et ce qu’il y a de positif, ce que Dieu crée et je m’en réjouis. En regardant par la fenêtre de l’Archevêché, je bénis souvent, le matin ou le soir, cette ville et mon diocèse. Chaque évêque a sa devise, la vôtre étant : « Afin que tous soient un ». Comment interprétez-vous cette devise ? L’avez-vous choisie car il en a bien fallu une ou s’agit-t-il réellement de votre credo? La concevez-vous comme un devoir ? Comment l’accomplissiez-vous durant votre mission d’évêque ? Cette devise, je l’ai choisie suivant le testament de Jésus. Si Jésus priait pour l’unité aux derniers moments de sa vie, cela veut dire pour moi que c’était ce qui lui tenait le plus à cœur. Par ailleurs, on peut s’en rendre compte aussi dans la pratique, des conséquences graves et douloureuses de la désunion pour l’Eglise ou les Eglises. Une toute autre histoire aurait été vécue si nous, les chrétiens, avions été unis. Ce sont donc ces motifs-ci qui m’ont amené à choisir cet appel à titre de devise.Et comment l’accomplir ? Le mot unité est grave, mais l’unité doit se bâtir depuis les bases les plus élémentaires. Cela me tient énormément à cœur. Certains trouvent que je répète toujours la même chose en parlant d’un amour mutuel et de Jésus entre nous mais c’est l’unique voie à prendre. C’est lui qui unifie. Et c’est dans cet esprit et dans ce sens que je dois vivre et m’exprimer, je le perçois comme mon devoir. Et je laisse au Seigneur Dieu l’effet et les fruits. Cette année le monde entier commémore le 250e anniversaire de naissance du compositeur Wolfgang Amadeus Mozart. On sait qu’il aimait venir à Prague et qu’il a dit un jour : « Mes Pragois me comprennent ». En transposant cette affirmation – pensez-vous que vos Pragois vous comprennent ?   Je ne me fais faire aucunes analyses de popularité pour pouvoir le juger sur un plan statistique. Je suis d’avis que je ne peux pas l’affirmer aussi facilement que Mozart car accepter la musique est une autre chose que d’accepter la musique de l’évangile ou l’harmonie du message évangélique. Il s’agit là de deux choses différentes qu’il est difficile à comparer. Je crois pour autant que nombreux sont les gens qui comprennent bien de quoi je parle et  ce qui m’importe. Je m’en rends compte souvent après la Sainte Messe en discutant avec les croyants. Je sais toutefois qu’il faut distinguer ceux qui sont enthousiastes et fervents de ceux qui comprennent peut-être ce que j’affirme et proclame, en sont d’accord au fond de leur cœur sans pourtant l’exprimer à haute voix. De même il doit exister nombre de personnes que mon approche, mon et cheminement ne satisfait pas ou n’en sont pas affectées. Mais elles seront sans doute affectées par d’autres choses. C’est ainsi que les choses vont dans l’Eglise.   Hissé sur sa croix, Seigneur Jésus se trouvait très haut et très seul. Plus haute est la position de l’homme, plus grande est sa solitude. Cette solitude, la ressentez-vous aussi ? Et si oui, comment vous y prenez ? On peut voir la chose aussi d’un autre point de vue. Plus haut l’homme se trouve, plus près il est de Dieu. Jésus crucifié se trouvait le plus près du Père même en criant : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » parce qu’il savait qu’il avait accompli la volonté du Père. Mais je ne veux pas par-là mésestimer la plainte de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m´as-tu abandonné ? »Il est vrai qu’une autre situation est celle d’un curé de Šumava qui est proche des gens et vit entouré de sa famille paroissiale. C’est beaucoup plus satisfaisant que la position d’un évêque qui est au fait privé de cette famille quotidienne, de ce contact permanent. Cela m’amène d’autant plus à me recourir au Seigneur qui est le Seigneur du vignoble. Je dois avouer que ce genre de solitude, je le vis assez difficilement, cette façon de vivre qui veut dire être complètement absorbé par une multitude de devoirs et obligations variées et par-là éloigné de la vie spirituelle concrète des gens. Pour être franc, c’est très visible. Dès que vous vous retrouvez parmi les gens, plus particulièrement dans un groupe de personnes restreint, vous être très à l’aise, comme un poisson dans l’eau… C’est vrai, je sais.  Chaque prêtre et évêque sont en même temps un pasteur donc celui qui donnerait sa vie pour ses brebis mais qui également remplit le rôle, on dirait de manager, de chef, à savoir de celui qui doit gérer et décider. J’imagine que cela crée une tension et provoque une certaine peine. Comment le résolvez-vous ?   Je l’ai déjà dit d’une certaine façon en répondant à la question précédente. Le problème que tu as évoqué devient moins complexe car chaque évêque et aussi chaque prêtre est épaulé par un corps consultatif. Le fait d’avoir à mes cotés deux évêques titulaires et un conseil d’évêques me permet de transférer en partie les actes décisionnels sur mes collaborateurs. Même pas un archevêque ne peut décider aujourd’hui tout seul « d’en haut ». J’ai pensé plutôt au conflit intérieur supputé par l’homme dont une main bénit et l’autre est quelquefois obligée de punir. Cela doit être assez douloureux… Certes que cela arrive et que cela peut être chagrinant, mais il est aussi clair que la miséricorde doit être liée à la justice. Articuler ces deux aspects n’est pas toujours chose facile. Et entrer en conflit ne l’est pas moins. Je suis plutôt de ceux qui n’aiment pas les conflits, je préfère sourire. Mais il y a des moments où il faut le faire.   L’entretient avec le cardinal Miloslav Vlk a été mené par P. Stanislav Přibyl, CSsR Vous pouvez contribuer à la réalisation du Centre communautaire de la Mère Thérèse au moyen du coupon  ci-joint ou par virement bancaire sur le compte dela Fondation du cardinal Miloslav Vlk (Nadační fond kardinála Miloslava Vlka), n° du compte : 369369369/0800, IBAN: CZ36 0800 0000 0003 6936 9369, SWIFT CODE: GIBA CZ PX, personne de contact pour plus d’informations sur le projet: Mgr. Vladimír Málek +420 602 379 861.                                                                                           Le montant de votre don pour la construction du Centre communautaire de la Mère Thérèse est déductible de vos impôts, et sur votre demande, nous vous établirons volontiers un accusé de réception de ce don.

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